Un cadre révélateur - Salvation Army Canada

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    Un cadre révélateur

    Le sac-repas me rappelle le long chemin que j’ai parcouru, avec l’aide de l’Armée du Salut. mars 30, 2021 Brent Perry
    Brent Perry
    Brent Perry

    C’était le 30 juin 2006, je m’en souviens encore. Je ne m’étais pas lavé depuis des semaines. J’étais allongé, intoxiqué, sur un banc, dans le quartier Moss Park, à Toronto, en face du centre Maxwell Meighen de l’Armée du Salut, un établissement multidisciplinaire où je résidais.

    Le lendemain matin, contrairement aux autres itinérants qui, comme moi, reprenaient graduellement leurs sens, j’ai remarqué que quelqu’un avait déposé à côté de moi un sac-repas sur lequel un visage souriant avait été dessiné. Il y avait également un message écrit au crayon : « Xavier t’aime ».

    Je n’ai jamais su qui en était l’auteur, mais j’ai toujours pensé qu’il s’agissait d’un enfant en excursion scolaire ou en promenade avec ses parents qui avait eu pitié de moi.

    C’est à ce moment que je me suis vu à travers les yeux de cet enfant. « Que s’est-il passé? », me suis-je dit. « Comment en suis-je arrivé là? »

    Se perdre soi-même
    Je me trouvais à des années-lumière de la vie que j’avais connue auparavant. Après l’obtention d’une maîtrise de la Queen’s University, à Kingston, j’avais déménagé à Toronto afin d’entreprendre une carrière dans le domaine du financement d’entreprises.

    J’étais marié et père d’un garçon qui est malheureusement décédé d’une cardiopathie congénitale. Ce fut un moment difficile. Ma femme et moi avons eu deux autres enfants, puis avons divorcé.

    Déterminé à prendre un nouveau départ, j’ai déménagé aux États-Unis et commencé à travailler pour la firme Goldman Sachs à New York et à Londres. Je suis devenu dépendant à ce style de vie, mais également à l’alcool et à la cocaïne.

    Je suis rentré à Toronto, et j’ai fini par tout perdre : mes enfants, ma famille, mes biens. Le pire, c’est que je m’étais perdu.

    « Es-tu prêt? »
    Le sac-repas et l’apparence que je devais avoir pour que cet enfant ait pitié de moi m’ont fait prendre conscience que j’avais besoin d’aide.

    J’ai traversé la rue et suis retourné au centre Maxwell Meighen. En me voyant, mon intervenante de soutien s’est aperçue que quelque chose avait changé.

    « Es-tu prêt? »

    « Oui », lui ai-je répondu.

    « Je vais t’accompagner jusqu’au St. Michael’s Hospital », m’a-t-elle encouragé.

    Elle m‘a amené au service d’urgence, car j’étais mal en point. J’ai ensuite suivi une cure de désintoxication dont j’avais désespérément besoin, puis j’ai reçu des traitements. J’étais abstinent pour la première fois depuis un bon moment.

    Choisir Dieu
    Qu’allais-je devenir? Je n’avais plus rien ni endroit pour vivre. Le médecin essayait de trouver un établissement où je pourrais vivre en sécurité, mais entre-temps, je ne savais pas où aller.

    Je suis retourné au centre Maxwell Meighen, où on m’a placé dans une unité de services de protection. Là, je pourrais demeurer abstinent et en sécurité. Sans l’aide de l’Armée du Salut, j’aurais probablement fait une rechute, et je ne serais sans doute plus ici aujourd’hui.

    L’Armée du Salut m’a trouvé une place à la Transition House, un centre d’hébergement de courte durée pour hommes aux prises avec des dépendances, qui veulent donner un sens nouveau à leur vie. Toutes mes possessions tenaient dans un sac poubelle, et je me revois en train de monter les marches de la Transition House.

    Je suis abstinent depuis plus de 14 ans, et un ardent défenseur du programme des Douze Étapes, fondé sur la croyance d’une Puissance supérieure à nous-mêmes.

    Quant à moi, j’ai choisi Dieu.

    Boucler la boucle
    Depuis les dix dernières années, je siège au conseil d’administration de la Transition House.

    J’ai consacré énormément de temps à rétablir les liens avec les personnes que j’ai blessées.

    J’avais besoin de faire amende honorable pour les torts que j’ai causés, mais je ne peux présumer du résultat. Certains accepteront mes excuses, d’autres les refuseront. C’est ainsi.

    Tout ce que je peux faire, c’est essayer de réparer mes torts envers chacun d’eux.

    Je suis reparti de zéro et j’ai fondé ma propre entreprise d’expert-conseil. J’y ai consacré beaucoup d’efforts afin qu’elle soit florissante.

    Au fil du temps, et c’est ce dont je suis le plus fier, j’ai renoué avec mes fils. J’ai une petite-fille qui, apparemment, me trouve très divertissant sur FaceTime.

    Je suis également amoureux. En fait, c’est ma fiancée qui m’a appris que l’Armée du Salut cherchait un conseiller en philanthropie pour l’Ontario.

    J’ai postulé, mais pendant l’entrevue d’embauche, je n’ai pas mentionné mon passé ni que l’Armée du Salut m’avait aidé à me remettre sur pied. Je voulais être jugé sur mes mérites et mes compétences. Après avoir été embauché, j’ai raconté mon histoire à mon patron.

    La boucle est bouclée.

    Une vie transformée
    Au fait, j’ai conservé le sac-repas. Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais je sais qu’il était parmi les possessions que je transportais dans le sac poubelle.

    Je le conserve dans un cadre hideux que j’ai trouvé lorsque j’étais résident à la Transition House. Je descendais la rue et quelqu’un l’avait sans surprise mis au rebut. Je l’avais récupéré et y avais placé le sac-repas. Je pourrais changer le cadre, mais j’ai trop de souvenirs qui y sont rattachés.

    Il me rappelle ce jour lointain où ma vie a pris un nouveau tournant grâce au personnel bienveillant de l’Armée du Salut.

    De l’eau a coulé sous les ponts depuis l’époque où j’étais financier international, mais je n’ai aucun regret. J’aime l’Armée du Salut et j’appuie le travail extraordinaire qu’elle accomplit — que nous accomplissons.

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